Plan de vol et la route suivie

Les coupes météorologiques montrent une amélioration du temps durant la remontée vers le nord, confirmant l’impression du Capitaine Steiger sur la réussite de ce vol. La partie centrale du voyage de Poretta à Marseille devait conduire l’avion au-dessus de la mer, loin des Alpes et en théorie avec de meilleures conditions en ce qui concerne le temps. Le mystère repose sur la raison pour laquelle l’avion a tellement dévié de la route prévue. Si des vents contraires avaient pu amener l’avion à dériver vers l’est, des pilotes expérimentés comme les Colonels Fair et Upham, sans mentionner le Major Cobb, lui-même un pilote expérimenté, en utilisant les équipements simples, mais néanmoins précis de navigation de l’époque auraient du rapidement réaliser qu’ils s’étaient écartés de leur route et prendre les mesures adéquates. Si l’on inclut le navigateur, le Lieutenant Ramirez, on a peine à croire que quatre paires d’yeux dans le cockpit seraient rester aveugles à cette dérive… sauf si elle était intentionnelle. Ont-ils décidé de prendre un raccourci ? Et si oui, pourquoi ?

Les sources françaises ont identifié une trajectoire passant au-dessus du Mont Cenis au nord de Turin. La Commission a, elle, estimé que la direction du vol au moment de l’impact était de 350 degrés. i l’on se reporte à la carte du Plan de vol cela semble mettre l’avion sur une trajectoire directe entre Pise et Lyon, un des points de passage du plan de vol originel. Si l’on ne peut exclure un écart resté non détecté, il n’est pas interdit de penser qu’il s’agit d’une déviation délibérée. Si l’on exclut que cet équipage expérimenté n’ait pas réalisé qu’ils’était considérablement écarté de leur route, la conclusion logique est qu’ils avaient décidé de rejoindre Lyon en passant sur une partie des Alpes, au lieu de la route plus longue au travers de la mer de Ligurie vers Marseille dans un premier temps. A ce point, ils avaient passé la zone critique du mauvais temps. C’était peut-être un vol difficile, mais ils avaient un avion robuste et pratiquement neuf. On retiendra des recommandations de la Commission d’enquête que le strict respect des plans de vols et des horaires étaient « souhaitables, mais pas essentiels » pour les équipages de l’EATS à cette époque, en particulier lors de vols de nuit. Raccourcir d’une demie heure un vol où l’on est secoué, peut être apparu comme une bonne idée à l’ensemble de l’équipage. Il se peut aussi que le temps ait semble meilleur à l’est, en s’éloignant de la mer. Mais aucun d’eux n’a essayé de donner ou de recevoir des prévisions météo pour le survol des Alpes. Si on reconnaît que les prévisions météo étaient raisonnablement précises, la route recommandée par le plan de vol semblerait offrir plus de chances de succès.

Et c’est peut-être le problème clé. Quelles étaient les conditions dans la direction de Marseille ? Le temps avait-il empiré au-dessus de la mer ? Des recherches récentes auprès des très fiables archives suisses révèlent que Marseille a enregistré 108 mm de pluie le 1er novembre 1946 (ce qui reflète une grande intensité orageuse) et qu’au Col du Grand Saint Bernard la couverture) nuageuse était de 8/8, avec 97% d’humidité et 34 mm de pluie. C’est le genre de phénomènes atmosphériques typiques avec des vents de sud-sud-ouest générés par une dépression au-dessus du Golfe de Gênes au moment du vol. Cela pourrait permettre de dire que le commandant de bord a pris une décision raisonnable, basée sur la météo, pour changer de cap et remonter par l’intérieur des terres, mais là avec des montagnes entourées de nuages, ils seraient aveugles.

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